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Le mentorat est-il utile à la recherche d’emploi ?

3 mars 2017

Le 23 février dernier, Qualife organisait un Café-Contact Conférence sur le thème du mentorat. Ouvert au public, cet événement s’est déroulé au café La Plaine-Lune, et a réuni une soixantaine de personnes qui ont assisté aux trois mini-conférences du jour.

De gauche à droite : E. Etienne, Pierre-Louis Peneveyre, Michel Fournier, François Lefort, Sandrika Luce Scheftsik, Clara Haller, Morgane Maulet

Nous avons eu le plaisir de débuter cet événement avec une intervention de Clara Haller et Morgane Maulet, coauteurs d’un travail de Bachelor sur les conditions nécessaires pour sécuriser au mieux un programme de mentorat dans l’insertion socio-professionnelle des jeunes de 15 à 25 ans.

Les deux lauréates du prix Qualife 2016 ont présenté leur méthodologie pour ce travail et sont revenues sur les facteurs de succès d’un programme de mentorat :

Clara Haller et Morgane Maulet

  • L’engagement volontaire des protagonistes (pas d’aide contrainte).
  • L’intervention d’une tierce personne (coordinateur qui est un travailleur social car il a une connaissance de l’accompagnement mais également de l’approche mentorale avec ses enjeux et ses limites).
  • La conception claire du programme (importance de réfléchir à la conception AVANT la mise en place).
  • La fréquence des rencontres (intensifiée au début pour la création du lien).
  • La sélection des protagonistes (tout le monde ne peut pas être mentor ou mentoré).
  • La formation du mentor et le suivi du duo (un jour ou deux de formation).
  • L’interruption possible du suivi (à tout moment et par chacun des parties).

Elles ont enfin relevé l’importance d’aborder le mentorat dans le cadre d’une intervention globale :

«le projet peut être ciblé dans un domaine mais il doit rester dynamique, il peut se modifier tout au long de l’accompagnement. Tous les sujets peuvent être abordés avec le mentor.»


Nous avons ensuite eu l’occasion d’en apprendre plus sur des expériences d’ici et d’ailleurs. Sandrika Luce-Scheftsik nous a ainsi présenté le mentorat (ou parrainage) tel qu’il existe en France, en présentant les résultats de programmes comme Cap Parrainage ou le réseau PLIE.

Sandrika Luce-Scheftsik

Bien mieux intégré dans les mœurs en France qu’il ne l’est en Suisse, le parrainage a pour vocation initiale la lutte contre les discriminations en tout genre. Il vise ainsi une large palette de bénéficiaires : les jeunes en difficulté d’insertion professionnelle, les chômeurs de longue durée, les personnes de plus de 50 ans peinant à retrouver un emploi, ou encore, plus récemment, les travailleurs handicapés. Véritables ponts entre les demandeurs d’emploi et les entreprises, les programmes évoqués se targuent de chiffres encourageants. Selon les recherches de Mme Luce-Scheftisk, 2000 personnes sont accompagnées chaque année par le réseau PLIE. En 2015, 67% des parrainés aurait retrouvé un emploi parmi des demandeurs d’emploi de 50 ans et plus, contre 50% pour les personnes non-accompagnées. Du côté de Cap Parrainage, on dénombre aujourd’hui 550 entreprises actives, 900 parrains et 80 structures publiques de l’emploi permettant à plusieurs centaines de demandeurs d’emploi de retrouver une activité chaque année. On comprend dès lors que ces programmes soient érigés en véritables réseaux à travers la France entière. Mme Luce-Scheftsik mentionne cependant une difficulté majeure : celle de dénicher de potentiels mentors. A cet égard, la piste des personnes retraitées est intéressante puisque celles-ci bénéficient généralement à la fois d’un réseau étendu et de temps libre. La présentation complète de cette intervention est disponible en téléchargement via ce lien.


Enfin, François Lefort est venu de Fribourg pour nous parler du programme Pro 50+, dont il est l’initiateur. Pro 50+ est un programme de mentorat au sein duquel des retraités accompagnent des demandeurs d’emplois de plus de 50 ans. Il était accompagné de Messieurs Michel Fournier et Pierre-Louis Peneyvere qui nous ont fait l’honneur de partager leur expérience de mentoré et mentor au sein de ce même programme.

Afin de susciter le débat, M. Lefort mentionne d’emblée que deux des conditions cadres évoquées par Clara Haller et Morgane Maulet ne sont pas remplies par Pro 50+, à savoir le fait que les mentorés ne viennent pas de façon volontaires mais sont assignés par le chômage et que les mentors ne sont pas bénévoles. Le programme ayant souffert d’un manque de mentors à ses débuts, un défraiement symbolique de 30.- de l’heure leur a été proposé. Dès lors, M. Lefort explique avoir eu moins de difficulté à recruter des mentors. Le programme fonctionne actuellement avec 8 mentors qui se répartissent les candidats essentiellement en fonction de leur zone de domicile, et non d’un domaine professionnel commun. La fréquence des rencontres étant un élément essentiel pour que «la sauce prenne» en début de mentorat, on comprend aisément que le lieu de résidence soit un facteur primordial.

Pierre-Louis Peneveyre, Michel Fournier, François Lefort

L’intervention du duo invité permet de mettre en évidence la nature du lien particulier qui unit mentor et mentoré. Le mentor, personne ressource, a l’avantage d’avoir une longue expérience professionnelle derrière lui, mais surtout de ne pas être impliqué personnellement dans les difficultés du mentoré. En effet, une recherche d’emploi laborieuse a généralement un impact négatif sur la cellule privée. Les proches essayent d’aider, mais sont souvent trop impliqués émotionnellement pour être de bon conseil. Par ailleurs, les conseils ne sont pas toujours bien acceptés par la personne en difficulté. Le lien de confiance établi avec le mentor est différent : il est propice à redynamiser la méthodologie de recherche d’emploi. M. Peneyvere, mentionne également le fait que cette activité soit extrêmement enrichissante pour les deux personnes mises en contact et souligne que la valeur centrale du mentorat est, et doit être, le plaisir. La conclusion du mentor invité réconcilie finalement l’ensemble des intervenants quant aux conditions cadres de réussite du mentorat. Celui-ci dit en effet reverser «l’intégralité de l’argent que me verse Pro 50+ à une autre association !».

Enfin, une discussion nourrie est engagée avec le public, au cours de laquelle les différentes expériences sont confrontées à de nombreuses questions. Un intérêt qui permet de voir qu’il serait bien utile de développer cette approche à Genève.

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