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«Le Rôle des entreprises dans la Cité. Enjeux, intérêts et défis.»

19 novembre 2019

Dans le cadre de l’anniversaire des cinq ans de la Fondation, Qualife a convié, le 19 septembre 2019, une centaine d’entreprises à débattre de solutions qui lient développement économique, ancrage dans la Cité et améliorations collectives.
Depuis son ouverture en 2014, La Fondation a accueilli plus de 500 jeunes gens de moins de 25 ans sans formation ni emploi. En 2016, la Fondation élargit son offre aux personnes de 50 ans et plus en difficulté face à l’emploi, ce qui représente plus de 700 personnes soutenues. En 2017, un pôle dédié à la formation vient compléter l’offre de soutien à destination de ces deux publics.
Pour fêter ses 5 ans d’activité, Qualife a organisé des portes ouvertes pour dévoiler les coulisses de son travail et collecter des feedbacks et des idées pour les 5 ans à venir! Pour prolonger son action de terrain par une réflexion thématique, une soirée « afterwork » a réuni des entreprises et personnes intéressées pour débattre des enjeux et solutions qui lient développement économique, ancrage dans la Cité et améliorations collectives.
Cette thématique a rencontré un vif intérêt auprès des participants, présents en nombre. Les discussions, modérées par Sophie Huber-Kodbaye, Directrice du Centre de formation continue de l’UNIGE, ont rassemblé des intervenants issus d’horizons variés. Parmi eux: Thierry Apothéloz – Conseiller d’Etat chargé du département de la cohésion sociale, Estefania Amer – maître assistante à HEC Lausanne, Sophie Dubuis – Directrice de Bucherer et Présidente de la Fédération du commerce genevois, Jean-Luc Favre – Président de l’Union des associations patronales genevoises. C’est l’occasion pour Joëlle Mathey et Eric Etienne, Co-Directeurs de la Fondation Qualife, de réaffirmer la finalité de la mission de la Fondation: le retour à l’autonomie par la formation et l’emploi. Ils ont introduit la soirée par un bref rappel concernant Qualife.
L’afterwork a été l’occasion de présenter deux témoignages vidéo de participantes de la Fondation:
Tatiana, participante du Pôle -25. Elle parle de son chemin et ressenti durant ses quatre années à la Fondation Qualife, de son parcours au sein d’un café-restaurant genevois qui l’a amenée à obtenir une AFP et, enfin, de ses projets futurs.
Catherine, participante du Pôle 50+. Elle raconte son parcours professionnel et ce que lui a apporté son passage à la Fondation Qualife. Elle revient également sur son emploi, récemment décroché dans un cabinet notarial.
Les interventions des orateurs de la soirée se sont déroulées sous forme de quatre courtes conférences de dix minutes autour de la question centrale:
Quel est le rôle des entreprises à Genève? Comment concilier vocation sociétale et business dans l’entreprise? Comment assurer une conduite responsable des affaires, pour une réussite durable? Quels en sont les enjeux, les intérêts et les défis?
Pour y répondre, Madame Estefania AMER est chargée d’introduire le sujet de la RSE (Responsabilité Sociétale des entreprises) par un bref historique:
Dans les années 70, l’objectif économique est entier et les entreprises considèrent qu’elles doivent simplement être en conformité avec la loi. Dans les années 80 et 90, avec une globalisation croissante, le cadre de l’Etat-nation est dépassé. Les régulations sont présentes dans le cadre national alors que les enjeux environnementaux et sociétaux sont globaux. L’incapacité à instaurer une réglementation globale ainsi que des accidents et des critiques croissantes voient émerger la notion de RSE qui se développe essentiellement à des fins stratégiques. Ce n’est qu’à partir des années 2000 qu’on réalise la gravité de la situation et que nos sociétés commencent à réfléchir à des approches caractérisées par l’intégration d’objectifs économiques, sociaux et environnementaux. Le concept d’économie circulaire est né.
Avec la globalisation, la complexité des problèmes est trop importante et les pouvoirs publics sont dépassés. On voit apparaître des codes de conduite et les pouvoirs publics encouragent par ailleurs la mise en place de mesures volontaires ainsi que de différents types d’approche. L’exemple genevois du label 1+ pour tous est cité en exemple.
Madame Amer souligne encore que dans les PME non soumises à des logiques de marché financier, le design d’entreprise avec des éléments d’approches systémiques considérant les axes économiques, environnementaux et sociétaux (ESS) y sont souvent réalisés depuis le début. Contrairement aux grandes entreprises qui disposent de processus et d’évaluations standardisées, il n’existait jusqu’à peu aucun modèle d’évaluation. Le système B Corp présente nouvellement une certification éthique disponible gratuitement pour connaître la situation de son entreprise en regard de sa RSE.

Des intervenants de la soirée, de gauche à droite: Sophie Huber-Kodbay (modératrice), Thierry Apothéloz, Sophie Dubuis et Jean-Luc Favre.

Monsieur Jean-Luc Favre poursuit, et brosse le portrait d’une région genevoise qui se porte bien en regard des indicateurs économiques favorables et d’un taux de chômage inférieur à 4%. Il y a environ 260’000 travailleurs genevois pour 350’000 postes dans le canton. Environ 10’000 chômeurs y sont recensés et 20’000 personnes perçoivent des prestations de l’Hospice Général. Le nombre de postes de travail est évalué à 350’000 distribués entre les habitants du canton, frontaliers et pendulaires. Sachant que 95% des entreprises du tissu ont moins de 10 employés, les petites et moyennes jouent d’ores et déjà un rôle majeur sur les aspects sociétaux ainsi que sur les enjeux climatiques.
Il rappelle que la 4e révolution industrielle est en cours avec des bouleversements majeurs, robotisation, obsolescence des personnes et des compétences. Toutes les structures ressentent le besoin d’une transformation et il est difficile de répondre aujourd’hui à la question du «comment?».
Pour lui, la situation est préoccupante mais pas dramatique: des opportunités de se développer et se moderniser sont à saisir et c’est le moment d’agir en commun. Sortir des «silos» établis, collaborer, agir ensemble, de manière collégiale et s’orienter avec le cœur. Les technologies vont notamment permettre la création de nouveaux métiers qui vont eux-mêmes pouvoir impacter positivement l’emploi et la cohésion sociale.

Un public qui suit attentivement les différentes interventions

Madame Sophie Dubuis partage ce point de vue. En qualité de directrice de Bucherer Suisse depuis quatre ans, elle pose un regard sur son activité auprès des juniors et des seniors dans son entreprise. La tradition des apprentissages y est toujours active. Concernant les seniors, elle constate que les entreprises ont besoin de se doter de moyens de les maintenir en emploi ou de les intégrer. Comment dire aux entrepreneurs qu’il faut engager et maintenir en emploi des personnes de plus de 50 ans? Mme Dubuis souhaiterait que les entrepreneurs puissent avoir «plus de carottes que de bâtons».
Pour elle, une réforme de la LPP avec un taux fixe de la prévoyance professionnelle est une piste sérieuse. Elle permettrait de conserver et d’engager les 50 ans et plus. Les difficultés économiques et la recherche de collaboration sont également une réalité dans le secteur du commerce du luxe. Elle reste néanmoins optimiste pour l’avenir, car tout pousse les acteurs en présence à vouloir collaborer et trouver des solutions ensemble.
Monsieur Thierry Apothéloz introduit son propos en citant un éditorial de la presse locale qui reprend une étude américaine qui indique que l’isolement des personnes âgées tue davantage que le tabac et l’obésité. Une réponse solidaire est, pour lui, essentielle.
Monsieur Apothéloz rappelle que pour une personne, le sentiment d’isolement, la perte du réseau, le jugement, peuvent être vécus comme une atteinte déstructurante. Pour un chercheur d’emploi, après 200 postulations sans effet, comment y croire encore? La santé physique, la santé mentale, l’endettement peuvent être les spirales infernales.
Il fait également le constat de l’extrême concurrence entre les associations et les fondations sur le territoire. Que faire si les bonnes intentions se heurtent au taux de rendement? Comment convaincre que la RSE est une plus-value? Comment construire du collectif «intelligent»? Comment entretenir nos liens et regrouper les efforts sur le plan des sollicitations aux entreprises?
C’est là qu’intervient la question de l’accompagnement: les différents services et structures, avec le soutien de l’état, font se rencontrer deux personnes. C’est leur seul pouvoir pour faire resurgir la dignité et la confiance. Avec leur concours, des personnes peuvent se remobiliser. Une fois cette remobilisation effectuée, ce sont les entreprises qui ont un rôle à jouer, selon lui, et avec le soutien de l’état.
Il évoque encore la question du Revenu de base inconditionnel et questionne l’éventualité que la valeur du travail puisse peut-être être remplacée par la valeur du lien social.
Lors de la partie débat, différents éléments sont repris avec le public. Notamment, le constat que l’enseignement transmis aux managers d’aujourd’hui et de demain visent avant tout le profit. Et que ce modèle ne convient plus. Il paraît essentiel à Jean-Luc Favre de remettre au centre de l’entreprise ses valeurs et ses principes.
En parlant des ressources humaines, il s’agit d’approcher les valeurs de l’entreprise, ses compétences et les personnes qui la font vivre. Faire plus de profit avec moins de personnes, pour découper la responsabilité sociétale de l’entreprise de sa responsabilité financière et ainsi laisser des personnes sur le bord du chemin, n’est pas une solution durable. Il encourage à collaborer et expérimenter ensemble et sans crainte, à développer de nouvelles alternatives et à en partager les bénéfices entre tous.
Tant pour Mme Dubuis que pour M. Favre et M. Apothéloz, agir et trouver des solutions ensemble représentent les enjeux et défis majeurs du rôle des acteurs de l’économie d’aujourd’hui et de demain.
En conclusion, à Genève, comme ailleurs, l’avènement notamment de l’économie circulaire marque les esprits, maximise le développement économique, les échanges, le progrès social et la préservation du capital naturel. Les évolutions en cours soulèvent obligatoirement des inquiétudes. Mais elles ouvrent aussi de belles perspectives et nécessitent des solutions novatrices.
C’est la pensée systémique qui permettrait de ne pas éventer ni les fonds, ni les acteurs et leur énergie. Cela passe par une sensibilisation auprès des entreprises, une collaboration accrue entre les partenaires et une réactualisation des valeurs et principes fondateurs des entreprises.
Monsieur Simon Darioli, Président du conseil de la Fondation Qualife, conclut la partie discussion par une brève intervention et des remerciements, tant aux orateurs qu’aux représentants d’entreprises nombreux à s’être rendus disponibles pour cet afterwork. Il adresse aussi un grand merci à Mme Sophie Huber-Kodbay pour l’excellente animation et modération des interventions ainsi que du débat.
Il invite les participants à passer à la partie récréative de la soirée.

Les discussions se poursuivent autour d’un apéritif dînatoire.

La Fondation Qualife remercie les collaborateurs sans qui rien de serait possible et l’équipe d’Espace Entreprise, qui a fortement participé au bon déroulement de cette soirée. Les jeunes ont soutenu Qualife dans l’organisation de cet afterwork ainsi que de la journée des portes ouvertes qui l’a précédée.

Les équipes d’Espace Entreprise et de la Fondation Qualife

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